L'épreuve.

Publié le par domipac19

Ou le drame, toutes les appellations sont possibles.
Après les péripéties de mon (ou mes) amniocentèse, lundi 22 février, mon téléphone sonne, c'est le secrétariat de mon gynéco qui veut me prendre en consultation dès le lendemain alors qu'on avait rendez-vous le mercredi. Ca n'annonce rien de bon et on me répond que rien ne peut être dit par téléphone. Je psychote un peu mais pas trop. A midi, j'en parle à Patrick qui s'inquiète à son tour. Je n'en fais pas trop cas et je finis ma journée tranquille. Mardi et mercredi, je ne travaille pas, il me reste deux jours à travailler(jeudi et vendredi) avant d'être arrêtée pour poursuivre ma grossesse.
Quand Patrick rentre de sa journée, le ciel nous tombe sur la tête. Lui n'a pas pu tenir, comme il livrait la pharmacie de l'hôpital, il a fait un crochet par la mater pour avoir un peu plus de renseignements. Et quels renseignements! Bébé n'est pas viable. Elle a, c'est une fille, une trisomie 18 qui, quoi qu'il arrive, ne lui laissera aucune chance. Il faut donc pratiquer un IMG(interruption médicale de grossesse). Je m'attendais plus à une trisomie 21(ce qui n'aurait rien changé de toutes façons) mais là, je ne savait même pas que d'autres trisomies existaient.
Le mardi, donc, nous avons rendez-vous avec le gynéco qui nous explique en détail le pourquoi du comment. C'est la faute à pas de chance, il s'agit d'une malformation chromosomique, bébé se retrouve avec trois chromosomes 18, ce qui entraîne une ou des malformations irréversibles et létales pour lui.
Et les épreuves dans l'épreuve se succèdent, il faut avertir famille et amis. Tout le monde est consterné et ne sais pas quoi dire. Il n'y a pas de mots, en fait.
Le vendredi, nous avons rendez-vous avec une psychologue, ça fait partie du protocole. Et là, on nous annonce qu'il faut lui donner un prénom(facultatif) et qu'il faut prévoir des obsèques car, à partir de quatorze semaines de grossesse, un foetus est considéré comme un individu à part entière. Boum, deuxième coup de massue car on ne s'y attendait pas. Une épreuve de plus. Moi, qui ne ressentais pas particulièrement le besoin de rencontrer une psy, je dois avouer que ça a été bénéfique comme ça, nous avons pu choisir un prénom à notre petite fille, Anaïs. Nous avons aussi pu discuter des choix qui s'offraient à nous pour les obsèques. Soit nous disposions du corps et organisions nous-même les obsèques, soit l'hôpital s'en chargeait et elle serait incinérée, ses cendres répandues au Jardin des Souvenirs à Allassac où nous pourrons nous recueillir. Franchement, je m'imaginais mal galoper les Pompes Funèbres pour faire faire des devis et tout le reste, Patrick idem. Nous avons donc choisi la solution la moins douloureuse pour nous. C'est déjà assez dur comme ça.
Mon hospitalisation étant prévue, initialement, pour le dimanche soir, nous avons pris nos disposition pour faire garder Elodie. Finalement, je ne suis rentrée à la mater que le lundi matin mais ça ne changeait rien. Là, la nounou a été super top. Elle a gardé la puce jour et nuit pendant trois jours. Quand nous sommes arrivés dimanche soir, cette dernière n'a pas été brin perturbée par le fait qu'on l'amène ici un soir et non un matin. Comme nous avons pris un café et papoté, à 20h00, nous étions toujours là et Elodie est arrivée dans la cuisine en disant "Moi veux miam miam". Elle est allée dans le placard chercher son assiette, dans un autre placard chercher son bavoir genre "Vous êtes gentils mais moi j'ai faim", comme à la maison. Nous avons quitté nos hôtes, non sans tristesse mais rassurés sur le fait que la puce ne semblait pas du tout inquiète de rester là. Nous sommes rentrés et avons tenté de dormir tant bien que mal.
Lundi matin, debouts à l'aube, nous nous rendons à la maternité. A 7h25, petit SMS de la nounou pour nous dire que tout allait bien, c'est rassurant pour sa première nuit hors de la maison, sans nous. J'avais pris, samedi midi, des comprimés pour stopper la grossesse. Là, on nous installe dans ma chambres, on me fait les examens d'usage(tension, température et prise de sang + petit questionnaire de routine). Consultation avec l'anesthésiste qui a duré trois minutes montre ne main puis retour dans la chambre. Là, je dois prendre des comprimés pour déclencher la grossesse. Ca a été aussi long que pour l'accouchement d'Elodie.
A 14h00, je descend en salle de travail car ça peut arriver à tout moment, c'était sans compter sur le fait que je fais des bébés qui prennent leur temps pour naître(20 heures pour Elodie). On me fait la péridurale(quelle riche invention, ça) et c'est le début d'une longue attente. On vient me voir régulièrement, on me donne des comprimés régulièrement aussi. Le personnel est très sympa, très doux et très compétent.
1h30 du matin, c'est  le dénouement final, j'accouche d'Anaïs en siège, en ne poussant qu'une grosse fois, tout se passe bien. Vient la question douloureuse de savoir si nous souhaitons la voir ou pas. On nous laisse tranquillement prendre notre décision. Nous avons peur de le regretter si nous ne la voyons pas, j'avais surtout peur de ce que j'allais voir. La sage-femme, très douce, nous informe sur le fait que le bébé est cyanosé et que la tête est grosse et elle nous amène Anaïs, enveloppée dans un drap. Nous sommes contents de la voir, elle n'est pas si monstrueuse que j'avais pu l'imaginer. Ce n'est pas très joli, certes, mais quand même pas si vilain que ça, on dirait qu'elle est endormie, elle ressemble à une statuette. Nous la gardons avec nous un moment puis elle sera transférée à la morgue puis, plus tard, à Tulle pour être autopsiée. On me garde deux heures pour s'assurer que tout va bien puis je regagne ma chambre où nous pouvons finir la nuit. Une épreuve de plus de passée.
Jeudi, je rentre enfin à la maison, contente de retrouver ma fille et mon chez moi, de reprendre mes petites habitudes. Je dors bcp, c'est normal.
Vendredi après-midi, nous nous rendons à Allassac pour nous recueillir sur les cendres de notre petite fille. C'était, je trouve, l'épreuve la plus dure et la plus triste de toutes. Nous avons déposé un bouquet de roses blanches mais ça faisait tout triste et impersonnel, posé comme ça, on aurait pu croire qu'on l'avait posé là pour les autres personnes dont les cendres étaient répandues, nous sommes donc allés acheté une plaque, pour elle, mardi.
 Nous viendrons régulièrement pour mettre des fleurs pour que ce soit joli et pour ne pas l'oublier, même si elle n'a pas vécu.

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Flo 05/04/2010 17:02


C'est super d'avoir pu écrire tout ça. Je suppose que cela vous a soulagés de le voir formulé en mots... J'espère que (près d'un mois plus tard) vous parvenez à surmonter cette épreuve et que vous
repartez de l'avant... Pour voir pour le futur. Encore bon courage à vous deux. Bises à la Choupinette. A bientôt


laetitia 29/03/2010 14:58


je suis tres touchee par ton histoire, je suis toute emue
je vs souhaite plein de courage pr cette epreuve